Hommage à la reine de l’accordéon et du bal musette.

Même pour qui n’aimait pas l’accordéon le nom d’Yvette Horner était devenu incontournable et bien souvent le premier qui venait en tête quand on demandait à quelqu’un de citer un artiste célèbre dans cette catégorie.
La virtuose de la boîte à frisson ou du piano à bretelles au terme d’une longue et belle vie s’en est allée définitivement et par delà sa personnalité c’est un pan de l’histoire culturelle de ce pays qui a perdu sa dernière grande étoile.
Yvette Horner c’est d’abord une France qui sort exangue de la Seconde Guerre Mondiale et qui a besoin de retrouver la joie de vivre, c’est l’essor de cette génération de musiciens qui s’appellent Aimable, Émile Prud’homme, André Verchuren. Yvette Horner sera la première femme à s’imposer dans ce milieu très masculin comme l’est encore la société française à l’époque.
C’est également le Tour de France qui reprend en 1947 et la fameuse caravane où juchée sur un espèce de tréteaux un peu brinquebalant elle jouera sans interruption durant le trajet et recevra le surnom de « garage à moucherons » car c’est sur sa dentition caractéristique que la plupart termineront leur course !
Yvette Horner était entrée dans tous les foyers grâce à la radio et au disque 78 tours qui était devenu un objet de consommation courante, elle était jouée aussi dans les bals populaires.
Dans ce pays qui s’est reconstruit elle incarnait la joie de vivre et les petits instants de bonheur. Des célibataires se sont rencontrés puis ces couples ont continué à danser sous ses ritournelles.
Avec l’arrivée des années 60 et d’une société qui change, Yvette Horner ennuie profondément la jeunesse et le chanteur Antoine alors en pleine période psychédélique dans ses « Élucubrations » lui conseille même d’aller jouer de la clarinette.
À l’orée des années 70 l’accordéon est totalement ringardisé, la carrière d’Yvette est au point mort.
Mais incroyablement relookée, elle réussit un come-back la décennie suivante et n’hésite pas à sortir des sentiers du musette pour expérimenter de nouveaux sons, en témoigne le 45 tours « Play Yvette » en 1990 sous les tuniques bariolées du styliste Jean-Paul Gaultier et cette tignasse rousse du plus bel effet naturel.
Il y a quelques années l’ancienne musicienne était partie vivre tranquillement la fin de son existence en maison de retraite. Elle aura bien méritée de la patrie. Cela nous rend nostalgique en tout cas d’une époque où on était heureux simplement avec un bon verre de vin, l’amitié de chacun et les notes de « Perles de cristal ». Les accordéonistes mériteraient d’entrer tous au panthéon de l’esprit cocardier que tout le monde nous envie et sans l’ombre d’un doute Yvette Horner serait placée au sommet de ce monument.

Frédéric Peressoni

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