Des intellectuels peu à la hauteur de leurs responsabilités, par Robert Louis Norrès

En tant qu’étudiant puis jeune chercheur, j’avais toujours éprouvé un grand respect pour le monde intellectuel et universitaire, notamment allemand d’avant la seconde guerre mondiale. L’Allemagne jusqu’à Hitler possédait les meilleures universités au monde, dans tous les domaines, depuis la mise en place du système von Humboldt au début du XIXe siècle qui a atteint son apogée au début du XXe siècle. Dans le même temps, j’éprouvais une certaine incompréhension vis à vis de la passivité du monde intellectuel allemand face à la montée du nazisme.

Bien sûr, les SA qui faisaient régner la terreur dans les rues allemandes, puis la police dans les mains de Göring se moquaient des intellectuels, et il était sans doute trop tard. Mais tous ces orgueilleux Herr Professor Doktors des universités allemandes, toujours soucieux et impérieux pour marquer leur rang, n’avaient-ils trouvé rien à dire lors de la montée des périls ? Si un pays finance des universités, est-ce pour gonfler d’orgueil et d’avantages ceux qui en sont les premiers bénéficiaires, ou est-ce pour l’éclairer dans ses choix, dans un monde complexe, incertain et où il faut constamment inventer l’avenir et en conjurer les dangers ?

On sait ce qu’il en a été à l’arrivée d’Hitler. Un certain nombre d’opposants arrêtés et placés en camp de concentration, mais pour le plus grand nombre la mise en place obéissante et servile de la Gleich Haltung, mise au pas au service du régime, réalisée à Freiburg par Heiddeger, membre du parti nazi.

Mais le plus important n’est pas là, il est dans les décennies précédentes durant lesquelles ces mêmes université ont développé l’idéologie Völkisch, celle-là même qui a permis l’éclosion du nazisme et, après avoir labouré les esprits pendant des décennies, a permis qu’il embrase l’Allemagne en quelques années à la faveur de la défaite de 1918 et des difficultés économiques de la décennie suivante.

C’est l’échec le plus grand, la responsabilité la plus grande des universités allemandes, et ce sont les mêmes fautes que celles d’aujourd’hui commettent en Occident. Il est du devoir de chacun, dans la mesure qui est la sienne, de combattre les idéologies mortifères qui s’y développent, toutes tournant le dos aux valeurs fondatrices de l’humanisme et de l’universalisme, des racines classiques grecques, latines et judeo-chrétiennes de notre civilisation et que sont le néo-racisme, l’hyperféminisme, l’antisémitisme sous couvert d’antisionisme, la haine de soi, la haine de notre civilisation, les segmentations fines et étanches dans des identités toujours plus étroites et antagonistes avec l’homme blanc, nouveau bouc émissaire de tous les maux.

 

Robert Louis Norrès

Ce texte a été inspiré par un texte de Charled Rojzman :

Le fascisme et le totalitarisme commencent toujours dans les universités. C’est la leçon que m’a donnée mon père analphabète qui a perdu ses parents, ses frères et sœurs assassinés par des soldats et des milices endoctrinés. Cambodge, Rwanda, Yougoslavie, Allemagne…tout commence dans les universités. J’ai appris à reconnaître le vrai fascisme. Il s’exprime toujours par la victimisation. Ici « des racisés ». Ce sont des intellectuels (professeurs d’université, étudiants) qui ont diffusé pendant des années l’idéologie « völkisch » qui a préparé dans une partie de l’opinion allemande l’adhésion aux thèses national-socialistes. Au Rwanda, j’ai rencontré les intellectuels et les hauts fonctionnaires qui ont planifié le génocide de 1994 et ont diffusé les thèses du Hutu Power. Les bourreaux se proclament toujours victimes ou plutôt défenseurs des « victimes »supposées. Dans les journaux nazis comme le Völkischer Beobachter » on parlait des juifs comme d’un « peuple génocidaire » (Völker mörder).