Quand l’islam s’infiltre dans le travail social…

Témoignage

Publié le 23 avril 2018 dans
par Anonyme

C’était en 2015. J’intervenais en tant qu’anthropologue sur le thème « Culture et Interculturalité » dans un institut de formation pour travailleurs sociaux au sein de la filière « Assistant de Service Social ». Comme toujours, j’ai souhaité que ces trois séances soient interactives, invitant les étudiants à témoigner afin que nous puissions élaborer nos questionnements à partir de leur vécu et nous enrichir ainsi mutuellement des expériences de chacun, ce qui permet de cheminer ensemble et d’aboutir à des réflexions plus constructives. Ce thème, pour le moins « sensible », répondait cependant à un besoin réel pour eux, cette problématique de l’interculturalité étant très souvent au coeur de leurs pratiques professionnelles…

En arrivant dans la salle le premier jour, je remarque, un peu interloquée, que deux étudiantes portent le foulard. Compte-tenu du thème de mon intervention, je pressens d’éventuelles tensions à venir mais ne change évidemment rien au déroulement des séances que j’ai programmées. Je demande donc aux étudiants de réfléchir, en petits groupes, à des situations qui leur ont posé problème d’un point de vue « culturel » afin qu’une situation par groupe soit ensuite exposée à tous. Et ce qui devait arriver arriva : la quasi totalité des difficultés rencontrées était en lien avec l’islam… Très vite, l’une des deux étudiantes portant le foulard coupe la parole à ses camarades de promotion  : « Y’en a marre, c’est toujours la même chose, vous ne parlez que des musulmans! ». Je lui précise alors que nous sommes là pour évoquer des réalités et que les témoignages de chacun doivent être respectés. Elle se tait. Le moment de la pause arrive, et lorsque nous regagnons la salle, je remarque qu’elle avait pris soin d’emmener ses affaires pour ne pas revenir… Notons au passage qu’elle a par contre signé la feuille de présence (indispensable pour le maintien de la bourse d’études) qui a circulé en début de séance! La semaine d’après, à peine arrivée, je lui demande de m’accorder un temps d’échange. En voici le contenu :

– Mademoiselle, pouvez-vous m’expliquer pourquoi vous n’êtes pas revenue après la pause jeudi dernier?

– Si, si, je suis revenue, c’est vous qui ne m’avez pas vue!

– Excusez moi mais je porte des lunettes, et, compte tenu du fait que vous êtes deux à porter le foulard, il m’a été facile de m’apercevoir de votre « disparition »!

– Ah oui, ça me revient, j’ai dû avoir un problème personnel…

– Étrangement, la mémoire vous revient…  Ecoutez, en tant qu’intervenante sur le thème de l’interculturalité, je ne peux en aucun cas faire l’économie de cette discussion avec vous, ce serait le comble! Par contre je vous demande d’être sincère svp. De plus, vous avez signé la feuille de présence qui vous permet de percevoir une bourse, sauf que si vous n’assistez qu’à la moitié des cours, j’interviendrai pour que vous soyez notée « absente », c’est logique!

– Bon, d’accord, si je ne suis pas revenue c’est parce que j’en ai marre d’entendre toujours dire que l’islam pose des problèmes, c’est tout le temps pareil dans cette promo, ils sont racistes!

– Racistes?! Je vous rappelle que l’islam n’est pas une race Mademoiselle, mais une religion qui, malheureusement, véhicule des valeurs en contradiction avec celles de la France, voilà le problème…

– Je suis désolée mais je suis Française moi aussi, je me sens chez moi ici. Je suis musulmane donc j’ai le droit de défendre ma religion dans mon pays!

– De quel pays parlez-vous…?!

– Ben de la France! Je suis chez moi ici, comme vous.

– Que vous vous sentiez française me réjouit Mademoiselle! Et être française, c’est respecter les valeurs républicaines et laïques, est-ce que cela vous parle?

– Moi je suis musulmane avant tout, et je vis ici donc c’est aussi chez moi!

– Bon, là nous avons un véritable dialogue de sourdes! Je vous donne un exemple : trouveriez vous normal, si je vivais dans un pays islamique, que je ne respecte pas les règles de ce pays, et que, par exemple, j’exige d’être examinée par un médecin homme plutôt que par un médecin femme? Et que mon conjoint se permette d’insulter, voire de frapper, le médecin femme qui souhaitait s’occuper de moi?

– Ah ben non, ça c’est pas possible chez nous, et c’est normal, donc vous n’auriez pas le droit de faire ça!

– Donc, si je comprends bien, ce qui me serait interdit « chez vous », doit vous être accordé ici?

– Ben c’est normal puisque je suis Française, je suis chez moi ici!

– Bon, là il est clair que vous faites semblant de ne pas comprendre, donc ne vous étonnez pas des témoignages de vos camarades de promo! Une dernière question : vous portez un foulard en cours, mais comment faites vous sur les lieux de stage?

– J’ai aucun problème! Comme je veux garder mon foulard, je ne prends que des stages dans des associations musulmanes…

– Et plus tard, comment comptez-vous procéder?!

– Pareil ! Quand j’aurai mon diplôme, je chercherai du travail dans une association musulmane!

– Donc, si je comprends bien, vous faites des études d’assistante sociale « aux frais de la princesse » pour ensuite n’aider que des musulmans, c’est bien ça?

– Ben oui, c’est normal, et puis de toute façon je pourrai pas porter le foulard ailleurs. C’est pas de ma faute si on n’accepte pas les musulmans…

– Auriez-vous oublié qu’un travailleur social est censé s’occuper de toutes les personnes, sans distinction de couleur, de religion? Et que la religion, en France, est une affaire personnelle, intime, qui ne doit pas modifier notre façon de travailler?

– Ah mais moi je préfère m’occuper des musulmans, c’est normal, les autres font comme ils veulent mais moi je veux aider les musulmans!

– Ecoutez, cette conversation n’aura malheureusement pas servi à vous faire entendre raison, mais elle aura au moins eu le mérite de me faire comprendre, si besoin était, la mauvaise foi dont vous faites preuve. Juste un conseil : si vous intervenez durant les séances, faites le intelligemment. Sinon, abstenez-vous. Vos camarades de promo ont besoin d’un accompagnement sur ces questions ô combien récurrentes, et je ne changerai pas mon programme pour vous faire plaisir…

A l’issue de cet échange, cette étudiante est restée en cours (l’obtention de la bourse dépendant de sa présence!) mais n’a plus ouvert la bouche!

Je me souviens encore de l’effort qu’il m’a fallu déployer pour rester calme (en apparence!) mais je tenais à aller au bout de ce que je prône : initier des rencontres « vraies », fussent-elles conflictuelles. Certains de mes collègues ou amis avaient tenté de me dissuader d’aller parler à cette jeune femme, craignant que je ne fasse l’objet de représailles. D’autres, « bien » pensants, avaient jugé ma réaction exagérée! Et d’autres encore, anesthésiés par un fatalisme qui me révolte, trouvèrent ma démarche inutile… Mais me taire était au-dessus de mes forces, tout simplement.

J’ai appris par la suite que le groupe dans lequel cette étudiante avait été affectée pour réaliser une petite enquête sur le terrain était en grande difficulté à cause du foulard qu’elle arborait. Devant « tirer les sonnettes » pour interroger des habitants, de nombreuses personnes leur refermait la porte au nez à la simple vue de cette jeune femme musulmane! Et, bien que le groupe lui ait gentiment demandé de retirer son foulard pour tenter de faire remplir leur questionnaire, elle a refusé catégoriquement de s’en défaire ne serait-ce que le temps de l’enquête, générant ainsi des tensions palpables au sein du groupe, ce dont elle s’est plainte, bien évidemment…

Cette expérience, comme tant d’autres, nous amène à nous interroger, non plus sur l’arrogance sans bornes de bon nombre de musulmans (réalité que nous connaissons), mais sur l’état actuel de nos lois face aux dérives de l’islam. Comment tolérer que des étudiantes, qui plus est boursières, se comportent ainsi? Notre faiblesse face aux revendications islamiques n’est décidément plus à démontrer…