Trump, miroir de l’impasse européenne

La haine anti-Trump bat son plein des deux côtés de l’Atlantique, alimentée essentiellement par des ragots et des rumeurs non-étayés comme la tribune dans le NYT d’hier.

Ce qui ne veut pas dire que la politique de Trump, ni même son style déroutant ne puissent faire l’objet de critiques. Nous sommes en démocratie. celle-ci est essentielle et salutaire, et qui serait au-dessus de toute critique ?

Mais je ne lis ni n’entend des critiques, seulement des vociférations. Et lorsque je demande autour de moi : que reprochez-vous à Trump, mes interlocuteurs ne peuvent rien répondre sur le fond à part on style, ses tweets. Mais rien sur le fond, faute de critique solidement étayées dans le débat public.

La haine hystérique aux Etats-Unis et qui se répercute en Europe nuit au débat, pourtant plus indispensable que jamais.

Or, sur tous les sujets essentiels, Trump agit comme un révélateur de nos faiblesses mortelles, à nous Français, Allemands, Européens.

Je prendrai trois exemples.

1) La crise iranienne. Etait-il acceptable de signer un traité avec l’Iran qui lui redonnait accès au commerce mondial et tout ce qui va avec alors que ce pays gardait comme objectif politique de détruire Israël, pouvait continuer sa politique de prise de contrôle de l’Irak, de la Syrie et du Liban, pouvait continuer ses recherches et développement de missiles balistiques et avait obtenu ce traité en camouflant la poursuite de ses activités nucléaires militaires jusqu’en 2012 comme l’a révélé Israël en mai de cette année ? Ce sont sur ces questions que Trump a jugé indispensable de remettre cet accord en cause, dont il jugeait également les garanties sur le nucléaire militaire insuffisantes.

Les Européens peuvent ne pas partager cet avis, mais en ont-ils les moyens ? Les moyens militaires s’entend ? Sont-ils suffisamment forts militairement pour assurer une protection à Israël si les choses avec un Iran trichant sur le nucléaire tournaient mal ? Auraient-ils les moyens de détruire les installations militaires avant qu’il ne soit trop tard ?

La réponse est non. Ce serait aux Etats-Unis et à Israël de s’en charger, les Européens s’abritant alors derrière eux, à moins qu’ils ne les appellent à la retenue.

Le mercantilisme européen, clef de la relation avec l’Iran, comme avec l’ensemble des pays du monde, cache aussi une situation d’impuissance militaire.

En réalité, dans cette crise iranienne, les Européens n’ont pas d’autre choix réaliste que de reprendre à leur compte en s’y joignant la politique de leur allié américain, ce à quoi ils se refusent officiellement, tandis que leurs grandes entreprises quittent les unes après les autres l’Iran. Ils apparaissent ainsi faibles à leur allié, et faibles à son ennemi qu’ils abreuvent de promesses -la continuation de la politique de collab.. euh de coopération suite à l’accord de 2015- qu’ils ne peuvent pas tenir dans les faits.

Trump est donc sur cette question le révélateur de l’impuissance européenne, de son inconsistance, de son mercantilisme et de sa position de génuflexion à des puissances agressives.

2) L’exigence formulée par Trump de réarmer en Europe. Cette question est en partie reliée à la question précédente, et pose celle de l’inexistence militaire des pays européens. Dans le cas de l’Allemagne, pays clef de cette question militaire, la situation est pathétique. Avec 1% du pib dépensé dans la défense, mais sans doute dilués dans une armée trop nombreuse pour cette dépense, aucun avion ou hélicoptère n’est en état de voler, aucun char en état de rouler, aucunes troupes en situation d’être déployées à l’extérieur de ses frontières. Mais le mal est général en Europe, aux exceptions partielles de la France et de la Grande-Bretagne.

L’Europe est incapable de se défendre, et s’en remet entièrement à l’allié américain qu’elle abreuve de critiques voir parfois même de mépris .

Ce n’est pas tenable. Là aussi Trump est le révélateur de cette situation de faiblesse et d’avilissement des pays européens, Allemagne en tête.

Va-t-on voir, avec les promesses récemment arrachées par Trump à Merkel, le budget allemand de la défense augmenter et avec lui ceux des autres pays d’Europe ?

Mais est-ce bien là la question fondamentale ? S’armer, oui, mais pour faire face à quel ennemi ? On ne construit pas une armée pour se faire plaisir, mais parce qu’on a identifié des ennemis potentiels à endiguer, à dissuader et éventuellement à combattre. Mais l’Europe bruxello-allemande émasculée n’a pas d’ennemi. Ou bien, le seul qu’il soit politiquement correct de désigner est la Russie, mais qui n’est en réalité pas l’ennemi le plus agressif, le plus dangereux. La Russie représente sans doute un risque à canaliser pour la stabilité de l’Europe, mais n’est pas l’ennemi de la civilisation européenne qui ambitionne de la détruire au cours de ce siècle.

Avant de réarmer, il est indispensable que les Européens, Allemagne et France en tête, soient capables de désigner l’ennemi contre lequel ils pensent devoir impérativement réarmer et se protéger. Ces ennemis ou ces risques à dissuader et à endiguer sont la Turquie, l’Iran, l’instabilité des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord. Les ennemis à combattre maintenant sont les groupes djihadistes partout où ils opèrent, en Syrie, Irak, plus pour très longtemps, au Mali, mais aussi au Nigéria. Il est impensable de laisser se produire le génocide en cours des chrétiens vivant aux frontière de territoires islamisés en Afrique noire. Pourtant nous laissons faire sans rien dire.

L’Europe est-elle capable de formuler ces objectifs stratégiques requérant un réarmement militaire pour se doter de la capacité d’intervenir partout où le djihadisme menace notre civilisation et son avenir ?

Dans son exigence face aux Européens afin qu’ils portent une part du fardeau de leur défense, Trump est également le révélateur de nos faiblesses les plus profondes, de notre refus de défendre les fondements même de notre civilisation. Le diaboliser dans ce contexte est un outrage à l’intelligence et une humiliation supplémentaire infligée aux peuples d’Europe par des élites avilies.

Pour l’instant, l’Europe, Allemagne en tête, est incapable d’annoner la plus petite bribe de mots sur ces questions.

3) Les questions commerciales. On le sait, sur ces questions, et sur le déficit commercial américain, Trump voit rouge. Les menaces de guerres commerciales, de tarifs douaniers, de sanctions en tous genres volent dans tous les sens. Ca n’est pas bon.

Comme toujours, et plus que jamais, les Européens regardent leur allié américain de haut, et fustigent le protectionnisme, l’imprévisibilité de Trump, voire sa dangerosité.

Mais les Européens sont-ils vraiment les bons élèves de l’économie mondiale ? Contribuent-ils autant qu’ils le pourraient à la prospérité et à la croissance mondiale ?

La réponse est non. Je me suis longuement exprimé sur ce point. Je serai bref ici sur cette question. Deux indicateurs montrent que les Européens sont un frein à la croissance mondiale. 1) leur propre croissance économique, qui est la plus faible des grandes zones économiques. 2) leur excédent commercial de 150 milliards d’euros, résultat de leur politique déflationniste et de contraction de leur demande interne depuis 2011, notamment en Italie, Espagne, Grèce, Portugal et France, se rajoutant à une demande comme toujours insuffisante en Allemagne.

Or, quel est le problème de Trump ? Plus que le déficit commercial américain, Trump veut de la croissance économique pour améliorer la situation économique de son électorat, de l’Amérique de la working class. Il veut des jobs, et des jobs mieux payés. Il veut que les salaires puissent augmenter et que des emplois se créent pour l’Amérique défavorisées, pour les perdants de la mondialisation.

Or, la politique déflationniste européenne, impulsée par l’Allemagne et imposée à l’Europe entière par le levier de l’euro, est un frein à cette croissance.

Plutôt que de dénoncer le danger Trump, les Européens devraient donc saisir cette occasion pour changer ce qui ne va pas en Europe sur le plan économique. Une véritable réponse pertinente à Trump serait d’obtenir de l’Allemagne et des Pays-Bas la hausse des salaires dans ces pays de 20% environ que permet et en réalité que nécessite leurs excédents commerciaux énormes, qui sont autant de freins à la croissance mondiale tirée par l’Amérique déficitaire. Ce changement, obtenu éventuellement par une négociation qui allierait l’Amérique, la France, l’Italie et l’Espagne pour l’obtenir du partenaire allemand, doperait la croissance européenne et mondiale et apporterait à Trump la croissance et les emplois voulus en Amérique, ainsi que dans l’Europe du sud.

Là aussi, Trump agit en révélateur des faiblesses européennes, faiblesses conceptuelles sur leur modèle économique de non-croissance érigé en vertu morale qu’il est plus que temps de changer.

Pour l’instant, les Européens là-aussi préfèrent fustiger Trump le protectionniste, Trump l’imprévisible, le danger Trump pour la prospérité mondiale et refusent de regarder la masse de plomb qu’eux-mêmes et leur politique représentent pour la croissance mondiale et de se remettre fort opportunément en cause.

Plus les Européens emboîteront le pas aux cris hystériques qui émanent de la gauche américaine au sujet de Trump, dont la politique et le style peuvent être critiqués au demeurant, plus vous devrez avoir en tête qu’ils camouflent les faiblesses mortelles de la politique européenne qui, aujourd’hui pas plus que dans les grandes crises du XXe siècle, n’est à la hauteur des enjeux historiques et de civilisation.

Trump est le révélateur de l’inanité européenne, elle-même fille de l’inanité allemande et française.

J’aurais pu mettre d’autres points avec la crise coréenne, les relations avec la Chine, avec la Russie, etc…

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