Profanation politique: les migrants envahissent le Panthéon, par Yves Mamou.

Yves Mamou, ancien journaliste du Monde et ancien collaborateur au Canard Enchaîné, à Libération et à La Tribune, auteur de l’ouvrage sur l’islamisme, Le grand abandon, revient sur l’occupation du Panthéon par des migrants.

  « On vient sur la tombe de vos grands hommes dénoncer vos profanations ». C’est en pointant un doigt accusateur que près d’un millier de migrants, presque tous originaires d’Afrique sub-saharienne, ont envahi le Panthéon, à Paris, vendredi 12 juillet. Ils réclamaient leur régularisation et un logement en sus d’une entrevue avec le Premier ministre. L’occupation a eu lieu pacifiquement, a duré plusieurs heures et s’est clôturée sans violences.

Il y a un an, presque jour pour jour, 150 migrants envahissaient la Basilique Saint Denis, tombeau des rois de France, pour les mêmes raisons : dénoncer la politique migratoire du gouvernement – la loi asile immigration était à l’époque en cours d’examen à l’Assemblée nationale pour garantir à près de 100 000 « réfugiés » le droit d’être aidés en attendant que leur dossier de demande d’asile soit examiné – et obtenir rapidement une régularisation.

Dans les deux cas, ces migrants étaient encadrés par des militants d’associations d’aide aux migrants : « La Chapelle Debout », « Gilets noirs » et « Droits devant ! »  pour l’envahissement du Panthéon et « Coordination des sans-papiers (CSP93) », « collectif Femmes en luttes 93 » et « Paris Exil » pour l’envahissement de la Basilique Saint Denis. Ces associations sont généralement pilotées par des proches de la France Insoumise, du Parti communiste français et des indigènes de la République, sans oublier certaines organisations trotskystes.

Le rôle moteur de ces mouvements politiques est évident tant il est difficile de croire que des migrants fraîchement arrivés du Mali, du Niger ou du Bénin maîtrisent à la fois les règles de l’écriture inclusive (« nous immigré.es sans papiers ») et la science de la profanation de lieux hautement symboliques de l’Histoire de France. Si l’on ajoute que leur discours victimaire (« « La France continue l’esclavage d’une autre façon… », « l’Etat et son racisme », « la police vient rafler le foyer de Thiais »… citations du tract distribué par les trois associations d’aide aux migrants) fonde des actions résolument offensives contre le légal et le symbolique (« avant hier on attaquait la frontière en occupant le terminal d’Air France à l’aéroport Charles de Gaulle »,… « hier on envahissait la direction générale du travail »), force est de s’interroger sur la stratégie des partis de gauche et d’extrême gauche qui sont à la manœuvre. Tenteraient-ils de créer une situation révolutionnaire en instrumentalisant une population essentiellement issue de l’immigration ? Ou bien mâchent-ils le travail des organisations islamistes (Frères Musulmans, Salafistes) qui sauront très bien ensuite reprendre en main ces nouveaux Français fraichement régularisés ?

Les méthodes et le vocabulaire des activistes du Panthéon ne laissent pas d’interroger, d’autant que ces méthodes et ce vocabulaire s’internationalisent. Quand Carola Rackete, la capitaine allemande du navire « humanitaire » Sea Watch, tente de débarquer ses migrants en force dans le port de Lampedusa, elle n’agit pas autrement que les gauchistes du Panthéon. Si la France de Macron avait été anti-migrants, Carola Rackete aurait ancré son navire directement au Panthéon ou au sein de la Basilique Saint Denis.

La transgression n’est pourtant pas là où ces activistes la mettent. Les gauchistes français et la capitaine allemande sont les meilleurs alliés de l’ONU, du Traité de Marrakech et de la vulgate libre-échangiste des multinationales en matière d’immigration libre et non contrôlée.

En revanche, la vraie transgression est celle des représentations : dans les années 1980 et 1990, les jeunes filles qui franchissaient voilées et en force les portes des collèges, tentaient d’imposer les règles du sacré islamique au sein d’un espace républicain, l’école, en principe protégé des passions du dehors. « Dans le monde islamique, on se recueille dans les mosquées ; on doit pouvoir se réfugier aussi dans les collèges et dans les lycées. On retire ses chaussures pour entrer dans une mosquée. Pourquoi pas son voile pour entrer dans une école ? » plaidait à l’époque Regis Debray (Magazine Lire, février 2004).

Quinze ans plus tard, la stratégie n’est plus d’acclimater l’un à l’autre des systèmes qui tendent à s’exclure l’un l’autre, mais de dynamiter le langage et le système de représentations symboliques communs. Ceux qui pénètrent avec respect au Panthéon sont traités de nazis et d’esclavagistes – le camp du Mal – par ceux qui y pénètrent en force.  Les gauchistes du Panthéon et de la Basilique de Saint Denis n’agissent pas autrement qu’Alexandra Occasio Cortez, élue de l’Etat de New York qui a accusé Donald Trump, à la fin du mois de juin dernier, de bâtir des « camps de concentration » pour migrants à la frontière des Etats Unis. Alexandra Occasio Cortez ou les activistes du Panthéon utilisent les mêmes armes que ces femmes islamistes suisses qui portent une étoile jaune au centre laquelle le mot « muslim » a remplacé le mot « juden ».

La représentation du monde que ces activistes pro-migrants et pro-islam tentent d’imposer est celle de la « victime » (forcément noire ou musulmane) qui agit pour se venger d’un passé qu’elle n’a pas subi contre des bourreaux qui n’ont massacré personne. Envahir une piscine en burkini et traiter de nazi ceux qui tentent de vous en faire sortir, tenir une réunion politique au Panthéon au nom du droit de tous à s’installer librement en France ne sont pas à priori des actions violentes au sens physique du terme. Mais le vocabulaire archi codé de la seconde guerre mondiale mis au service d’infractions aux règles communes est un acte de guerre. Priver l’ennemi de son système de valeurs et de représentations n’a qu’une fonction : lui ôter toute justification pour se défendre.