Quand Tareq Oubrou propose la « pax islamista ».

Tareq Oubrou, l’ex monsieur islam d’Alain Juppé qui coûta à celui-ci la primaire de la droite lors de la dernière élection présidentielle, a été recyclé par Emmanuel Macron pour éventuellement prendre la tête d’un futur islam de France.

Conscient de sa mauvaise réputation, l’imam de Bordeaux qui appelait dans les années 90 à restaurer le Califat, vient de sortir un livre appelant à la réconciliation et fait la tournée des popotes comme un politique entre en campagne ou un acteur fait la promo d’un film.

Et c’est une œuvre de fiction que nous propose le frère Oubrou.

Tareq Oubrou a bien compris que nous étions à un moment charnière, à la croisée des chemins, que tout se jouait sur l’image qu’il doit renvoyer. Il est entré dans une phase de séduction afin d’être légitime pour le poste de grand vizir de l’islam de France.

 Il se livre à un merveilleux travail d’équilibriste tant dans son livre que dans ses interventions médiatiques, que ce soit aux Grandes Gueules face à la chroniqueuse Zohra Bitan ou dans l’interview donnée le 26 juin 2019 dans Le Monde des Religions. Il ménage le chou républicain et la chèvre islamiste tout en vendant son glyphosate frériste.

 S’il semble donner des gages de bonne volonté républicaine en dénonçant un islam tapageur, ostentatoire et identitaire, et en appelant à la discrétion des musulmans dans la sphère publique dans un contexte qui voit l’extrême droite progresser, on se dit que sans la montée du RN, il n’en aurait tiré aucune conséquence. Est-ce la menace populiste qui l’amène à prodiguer ses sages conseils ou son amour de la laïcité à la française? Nul doute qu’en hauts lieux on lui a conseillé de dérouler un discours républicain pour donner une caution positive au futur islam de France.

Car l’imam Oubrou, s’il admet que le rôle d’une instance religieuse n’est pas d’être le syndicat des musulmans et de dénoncer « l’islamophobie », il incite ceux-ci à s’investir dans des partis politiques et des associations afin de lutter contre la dite islamophobie tout en pointant les promesses non tenues par la République ! En filigrane il nous dit que l’islam et les musulmans sont maltraités par la République et invoque un islam politique pour répondre à la promesse non tenue!

Il ne fait que confirmer la stratégie des Frères Musulmans qui consiste à utiliser nos lois et notre droit contre la démocratie et la République. L’air de rien, il invite au sentiment victimaire, véritable carburant du ressentiment et aubaine pour les islamistes et facteur favorisant le djihâd. Et en invitant à lutter politiquement contre l’islamophobie, il s’oppose radicalement à la liberté d’expression et travaille au retour de l’interdiction de blasphème.

Si la République n’a pas tenu ses promesses, on pourrait demander à frère Oubrou en quoi le voile, la burqa, le burquini, le qamis, la barbe hirsute et les attentats djihâdistes seraient des mouvements sociaux équivalents à celui des gilets jaunes? Les revendications des islamistes ne sont pas des exigences sociales et économiques hormis dans le contournement de la loi de 1905 pour détourner les impôts des Français pour construire des mosquées sous couvert de centres culturels. Oubrou utilise habilement les arguments dépassés de la gauche angéliste qui expliquait l’islamisme et les violences identitaires des banlieues par le social.

Face à Zohra Bitan, il a affirmé le plus tranquillement du monde qu’il ne reniait en rien son passé sulfureux et restait admiratif devant Hassan Al Bana, fondateur des Frères Musulmans et sympathisant du nazisme dans les années 30. Le Frère Oubrou ne veut pas se fâcher avec la sphère islamiste, ne comptez pas sur lui pour livrer une guerre idéologique aux Frères Musulmans.

Avec un aplomb incroyable, Oubrou se sert de références chrétiennes pour relativiser les actes barbares des djihâdistes, s’ils appliquaient les paroles de Jésus selon une interprétation littérale, les résultats seraient tout aussi violents selon lui.

Il va jusqu’à comparer la guerre juste selon Saint Augustin au Djihâd. Les deux répondraient à une agression, mais tout dépend quelle définition employer pour le mot « agression »?

Est ce que refuser un ordre politique et religieux qui asseoit un suprémacisme islamique à La Mecque ou en Seine Saint-Denis est une déclaration de guerre?

Est ce qu’expulser un prêcheur vindicatif vaut casus belli et valide de tuer pour imposer l’ordre politique et religieux prescrit par un Dieu? Est ce que promettre l’enfer aux polythéistes arabes et ruiner leur économie n’était pas non plus une agression?

La notion de guerre juste selon Saint Augustin définit l’obligation de répondre à une agression militaire qui met en danger votre vie et non l’expansion d’une idéologie religieuse.

La différence est fondamentale et Tareq Oubrou semble incapable de l’appréhender, il recycle son idée de charia de minorité promue durant la campagne d’Alain Juppé tout en refusant de définir et condamner la charia de majorité qui est possible lorsque des musulmans sont en position de force dans une société. Toujours préserver ses copains barbus, on ne sait pas de quoi l’avenir est fait. La péninsule arabique, l’Afrique du Nord et l’Espagne se sont vues successivement imposer un ordre islamique injuste envers les non musulmans alors que les musulmans étaient toujours minoritaires mais déterminés lorsque l’islam est devenu souverain. 

Il sait que l’hostilité ou l’inquiétude face à la progression de l’islam dans la société française est un obstacle qu’il faut dépasser. Il applique une stratégie coranique qui se nomme la muruna, elle demande aux musulmans d’abandonner provisoirement certains commandements supérieurs afin de favoriser l’avancement de l’islam. Des musulmans qui travaillent à l’avancement de l’islam peuvent ainsi s’écarter temporairement des lois islamiques afin de ne pas effrayer le non musulman, et ce, dans le but de l’amadouer et de gagner sa sympathie en vue de sa conversion à l’islam ou encore afin d’infiltrer diverses institutions où les non musulmans sont majoritaires. 

   Ces recommandations de discrétion dans la sphère publique ont peu de chance d’être écoutées par les ouailles des différentes officines islamistes, mais elles permettent à l’imam Oubrou de se présenter en juge de paix devant la crédulité ambiante.

  Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les attentats djihâdistes et les provocations islamistes rendent service à l’islam et lui permettent de bénéficier d’une campagne de publicité exceptionnelle où l’on nous vend un magnifique islam de paix et de tolérance, un islam des Lumières et un futur islam de France à venir. La manne financière qui sera mise au service de cet islam vaut bien quelques prêches républicains pour faire passer les opposants à ce projet pour d’affreux jojos mauvais coucheurs. Le profil bas du pénitent Oubrou relève donc plus d’une stratégie ponctuelle que d’un véritable engagement républicain, et il est le résultat d’une volonté des responsables politiques des 20 dernières années, qui placent dans les Frères Musulmans des espoirs de canaliser les jeunes musulmans des territoires perdus afin d’éviter la partition crainte par François Hollande. En région parisienne, on s’inquiète à voix haute de l’élection de candidats islamistes dans les années à venir.

La collaboration avec les Frères Musulmans est une réalité investie depuis l’intronisation de l’UOIF par Nicolas Sarkozy au sein de l’officiel Conseil Français du Culte Musulman qui initia un djihâd judiciaire contre Charlie Hebdo dès 2006 suite à l’affaire des caricatures.

Elle s’est poursuivie sous Hollande et Cazeneuve et s’épanouit avec Emmanuel Macron, Édouard Philippe et Hakim El Karoui.

Il est certain que l’influence du Qatar en coulisses, joue un rôle déterminant et que nos responsables politiques préfèrent opter pour une pax « islamista » illusoire plutôt que d’avoir à affronter courageusement les effets apocalyptiques d’une véritable lutte contre l’islamisme ainsi que la reprise républicaine des 1200 quartiers en voie de partition.

En réalité il s’agit de nommer un gouvernement parallèle islamiste dont on a peu de chance de le voir être capable de contenir cette fameuse partition.

Les politiques n’ont plus aucune prise sur les « quartiers » et cherchent à créer une instance représentative afin de « tenir » les banlieues par un soft power qui profitera plus aux islamistes qu’à la communauté nationale car après chaque attentat, chaque émeute, l’islam de France se posera en interlocuteur qui culpabilisera la République et exigera encore plus pour tenir ses fidèles.

L’islam de France c’est un futur État dans l’État sans aucune garantie sur le développement des différentes obédiences islamistes ainsi que sur le rôle des islam nationaux algériens, marocains et turcs. C’est aussi l’incapacité chronique de ces religieux incapables de contenir leurs jeunes.